Les plombs qui sautent en pleine nuit et qui dérèglent les paramètres d'allumage de ton réveil
Tamashi à deux balles. Tu es à la bourre, mais tu ne le sais pas encore. Ton bedon se gonfle et se dégonfle, en rythme, avec l'innocence d'un enfant pauvre. Au moment où commencent à s'élever en toi les voix de la conscience, ton anatomie en profite pour élever une toute autre partie d'elle même. Généralement, lorsqu'un chapiteau se forme dans la partie australe de mon plumard, c'est signe que mon réveil biologique est imminent.
- « Putain de merde ! »
J'ai redressé mon buste à
90 degrés en un centième de secondes. Evidemment, l'hygiène de vie qui me tient lieu d'éthique personnelle est fortement sollicitée mais, (
et je m'en félicite !) la gymnastique à laquelle je m'astreins soir et matin m'est de grand secours pour effectuer ce prompt rétablissement en un temps record. Pied gauche hors du lit, le droit suit. J'enfourne une paire de pantoufles à la volée et me précipite vers les cagoinsses. Le dessous de mes deux chaussons effectue alors la plus joyce glissade de toute sa carrière sur le parquet flottant de la chambre. Et comme nous allons de paires, eux et moi, je ne manque pas d'aller à la rencontre du sol avec force et fracas. C'est un gadin de grande classe. Mon coccyx, grand amateur de sensations extrêmes (
je ne sais pourquoi, je regrette déjà d'avoir écrit cette phrase) est ravi ! Aïe... J'ai le cul en miettes.
Je lance une main hasardeuse en direction d'un pli dans ma couette, serre le poing et tente de m'hisser sur mes deux pieds. La couette ne l'entend pas de cet oreiller et se détache du lit ce qui a pour but de me précipiter une deuxième fois à la renverse.
- « Bordel à cul de bon dieu de merde ! »
Ma gorge est nouée. Mes mains tremblent d'agacement. Pieds nus, résigné, je dirige mon cul endolori vers les vécés aussi vite que possible. Je place la cuvette en position haute (
c'est dans ce genre de petit détail que l'on s'aperçoit de la supercherie que représente la narration de sa propre existence) et dégaine.
Charlie, l'adorable félin qui partage notre appartement m'entraperçoit dans un coin de sa verdâtre rétine. Malheur ! En deux bonds il est à mes pieds, en trois il est suspendu à ma jambe.
- « Charlie, dégage de là, dégage de làààà... Tu vois pas que je piss... ! »
Il est trop tard, l'outrage est fait. Mon panard, la seule autorité que daigne respecter «
Sa pileuse Majesté » part à la rencontre de son petit cul. V'lan... Il détale.
Les revues littéraires de ma p'tite femme sont détrempées. Obligé de balancer «
Cosmopolitan » et «
Closer » à la poubelle, j'ai honte mais honte !
Je me décarpille en une petite douzaine de secondes. Précautionneux, je règle le thermostat à bonne température. Ouvre délicatement le robinet. Vu la gueule de la journée que j'entame, il serait malvenu que je me gèle les nougats ou pire que je m'ébouillante. Les valves sont ouvertes, mais l'eau se fait porter pâle.
- « Enc*** d'enfoi** de satanée merde hydrophobe ! »
Je sors de la douche. Mon petit orteil, résidant à l'extrémité de mon peton droit, probablement toujours endormi ne parvient pas à éviter l'encadrement de la porte de douche. Des chandeliers entiers tournoient au-dessus de ma hure déconfite.
- « Aaaaah, aaaaaah putain ! Aaaaaayaaaah ! »
Dans un premier temps, la douleur lancinante me fait sautiller, puis dans un souci d'originalité, je cloche-piède* (
et alors ? Tout le monde a compris que je sache !*) en direction de mon pucier. Je n'aurai jamais du le quitter. Ô compagnon d'infortune, ouvre moi grands tes draps que je m'y blottisse. J'y suis presque. Une dernière man½uvre (
qu'il serait aisé de comparer au coup de queue donnée par la carpe au moment où celle-ci est sortie de l'eau par le pêcheur intrépide) me projette au beau milieu du lit.
« Craaaaaaaaaaaaaaaaaaaaack »
Les lattes rompent, le matelas s'enfonce et je n'ai d'autres choix que de suivre, impuissant, l'écroulement du lit dans son intégralité.
Les larmes de l'épuisement, de la rage et du soleil (
cela va de soi) mouillent mon visage.
C'est un tournant décisif dans l'avenir de ma journée.
J'empoigne par le col mes dernières volontés et leur hurle, bras armé au ciel :
« Ce soir, nous dînons en enfer ! »
Ce qui, mine de rien, à le mérite de survolter mes troupes. Elles redressent la tête, prête à subir les pires avanies.
Je tente de me dégager, nerveux comme un mauvais steak, au milieu des décombres. J'ai les dents serrées, le poing serré et il ne me manquerait plus qu'une bonne tasse de café pour que j'accomplisse le grand chelem.
J'enfile ma panoplie de bureaucrate à la va-vite. Farfouille les poches de mon cuir dans lesquelles je déniche un chewing-gum extra mentholé. Je l'enfourne dans le cloaque qui me sert de cavité buccale. C'est toujours ça de pris.
Mes clés de scooter dans une main, mes gants dans l'autre, je quitte mon appartement. Mon allure est bonne. Je «
push » le bouton d'appel. Patiente. Patiente encore. Presse le bouton de l'autre ascenseur. Patiente aussi. Patiente toujours.
- « Foutus ascenseurs de mes c*uilles ! »
Je tourne les talons, pose la main sur la poignée de porte qui mène aux escaliers. L'entrouvre. Derrière moi s'ouvrent en ch½ur les portes des ascenseurs. Dilemme !
Les portes de l'ascenseur se referment. Mes kilogrammes superflus suspendus à ses câbles d'acier. J'atteins le rez-de-chaussée lorsque la descente s'interrompt. Les portes s'ouvrent et
Mme Brochet agence sa tonne superflue de couenne et de sacs de courses à mes côtés.
- « Oh, vous tombez bien mon petit. Vous me donnez la main ? »
Je l'enverrai bien bouler à la mère
Brochet, mais que veux-tu, il y a des âmes charitables.
- « Avec plaisir ! »
- « Vous êtes un amour mon petit »
A la position que prend son triple menton en coinçant son bouquet de verrues, je devine qu'elle est contente.
- « Je vous donnerais la petite pièce, elle à bon c½ur Madame Brochet, faut pas croire ! »
Nous regrimpons au premier, puis au second étage. Les portes s'ouvrent. Je chope ses poches à pleines anses, avec peu d'aisance. Ma phrase n'a aucun sens, mais pourtant, Dieu sait si je me fais violence !) Des boulets au bout des bras, plus arqué qu'un
Jean-Michel, je marche après
Madame Brochet. Elle stoppe devant une porte. Je pose les sacs.
- « Suis-je bête » qu'elle me dit « nous sommes au deuxième étage. J'habite au troisième ! C'est la quatrième fois cette semaine. Désolé mon petit, vraiment désolé ! »
Je chope à nouveau les sacs, rebelote jusqu'à l'ascenseur. Patiente. Enfin, nous sommes devant sa porte. Elle cherche sa clé au fond de son sac. Le temps passe. Elle la trouve enfin.
- « Je vais vous laisser Madame Brochet, j'ai à faire. Bonne journée. »
Avant qu'elle n'ait le temps de percuter, je martèle déjà la touche «
– 1 » [
1] du panneau de contrôle.
[
1] Une touche que tu ne peux connaitre, étant bien trop habitué à la touche «
+5 » comme tu l'es !
- « Vite, putain. Vite ! »
Enfin, je suis au sous-sol. Je gambade en direction de mon scooter. J'enfourne la clé de l'anti-vol, enfile mon casque, enfourne la clé dans le contact, tourne. Je chevauche la monture avec agilité (
aïe mon dos), enclenche le démarreur.
Koff, koff, koff... Koff, koff, koff
Dans ces moments-là, malgré toute l'énergie que j'ai la chance de détenir, malgré mon endurance, ma capacité à encaisser, je l'avoue, j'ai craqué...
Mollement, je me suis affalé par terre... dans une belle flaque d'huile... et j'ai pleuré, pleuré et pleuré encore...
Il y a des jours comme ça !