Lorsque je repense à ma scolarité dans son ensemble, je dirai que l'on peut aisément dissocier deux périodes bien distinctes de cette même scolarité.
La première période m'aura suivi jusqu'en classe de quatrième. A cette époque, j'étais un gamin infect en société, hautain du haut de mon mètre à peine consommé. Lorsque la cloche sonnait, j'étais plus assidu que n'importe quel horloger. Je patientais devant la porte de la salle, premier à faire l'ouverture. En classe, j'étais le bras droit du professeur. Le mouchard, la balance embarquée ! Je pistais les fourbes agitateurs et remettais discrètement leurs noms aux professeurs en fin de cours. Les enseignants n'appréciaient pas tous la méthode, mais, de manière générale, ils me voyaient comme une véritable aubaine. J'étais l'assurance du calme et d'une ambiance de travail studieuse. J'y veillais au grain, faut dire. Je connaissais mon public et savait reconnaître un acte de tricherie à des mètres, là où les yeux éreintés de mes professeurs faisaient chou blanc. Avec moi, c'était
la récolte des zéros tous les jours.
Bien entendu, ce comportement m'a causé pas mal d'ennuis. On dit que les gamins sont vaches entre eux, mais ce n'est rien de le dire. Je m'en souviens encore, c'était à la sortie d'une auto-dictée. J'aimais ça moi les auto-dictées. Fallait faire preuve de mémoire et de rigueur. Les accents étaient éliminatoires. Notre prof, en plus, elle avait le chic pour dégotter de vrais textes de littératures truffés de pièges. A croire que leurs auteurs ne les avaient rédigés que pour cela. Je retenais alors mon souffle, et partais à l'assaut de ces barricades syntaxiques, essuyant le tir des conjugaisons , esquivant les obus grammaticaux.
C'était une chouette guerre à laquelle je me livrais, chaque mercredi après-midi. Ce jour-là, malgré ma concentration, j'avais renaudé que quelque chose se préparait dans la trousse de
Nicolas, un obèse petit trublion rouquin. Je devinais ça à sa manière insistante d'y plonger les doigts, par moments. Il était prudent le bougre, prenait son temps ! Il savait qu'il n'y a rien de pire qu'un tricheur apeuré, autant balancer un drapeau au-dessus de sa tête, vraiment rien de pire que la peur et la précipitation pour se faire prendre !
J'ai alors, calmement, préparé un bon en papier sur lequel j'ai indiqué le nom du fautif et l'acte reproché.
Lorsque la cloche a retenti, à la fin du cours, je me suis levé et ait entamé le ramassage des copies. Les élèves tiraient tous la grimace lorsqu'à la volée, je m'en saisissais.
Le professeur m'a appuyé par des «
allez allez, laissez-le ramasser. C'est l'heure ! »
J'ai remis la pile de copies, soigneusement alignées sur son bureau, discrètement, sur le dessus j'y ai déposé le bon, comme je le faisais toujours. Un ½illade complice plus tard, je me suis carapaté en direction du cours prochain... pour faire l'ouverture.
- « Hey, le nabot ?! »
Je me suis retourné. Adossé à un arbre se tenait le rouquin,
Nicolas ainsi que
3 autres camarades de classe. Ils avaient tous les bras croisés et le même regard mauvais en ma direction.
- « Tu sais. » commença Nicolas « Au début, je me suis dit que c'était pas de veine d'avoir des profs aussi fortiches pour renifler la triche à 100 mètres ! J'ai commencé à avoir de gros doutes lorsque La Lierré, qu'est myope comme une taupe m'a collé en retenue pour le contrôle de la semaine dernière ! Mais plus je te vois, et plus ça pue l'évidence. C'est toi le vendu ! Celui qui nous dénonce toutes les semaines ! »
Au fur et à mesure qu'il avait causé, il s'était dangereusement rapproché de moi, jusqu'à ce que son insoutenable odeur de transpiration me fusille les narines.
- « Hein que c'est toi ducon ! Tête de pine ! »
Il était bâti comme un bûcheron le
Nicolas. Il m'a saisi le bras à pleine main et a commencé à serrer, serrer encore.
- « Arrête, arrête ! S'il te plait ! Arrête ! »
Il m'écrasait le bras. J'étais prisonnier d'un étau rouillé, à genoux sous le coup de la douleur. Le ton geignard avec lequel je le suppliais d'arrêter sembler l'attiser. Il m'a alors saisi par le col de sa main libre et m'a envoyé bouler sur le sol. Je me suis rétamé...
- « Que je t'y reprenne petite merde ! Que je t'y reprenne à nous dénoncer, et je te referais ta fête.. et à ta mère aussi ! »
Le cul dans la terre. Je les ai regarder s'éloigner. Putain, j'ai chialé ce jour-là... J'ai chialé !
La deuxième période bien distincte de ma scolarité est arrivée comme un déclic lors de mon passage en
4ème. J'avais envie de gifler mon reflet dans la glace. J'ai passé ma main dans mes cheveux jusqu'à détruire le moindre centimètre carré occupé alors par ma légendaire raie sur le côté. C'est aussi ce jour-là que j'ai demandé à ma mère de ne plus s'occuper de la préparation de mes habits pour le lendemain.
La métamorphose a été progressive, bien entendu. Elle s'est étalée sur plusieurs semaines jusqu'à ce que je devienne l'un de ces joyeux trublions à qui j'avais tant fait la guerre. J'avais rejoint leurs rangs, possédé par leurs grandes sourires, admiratif des rires qu'ils pouvaient récolter à chacune de leurs péripéties. J'étais jaloux. C'était pas un chouette leitmotiv sur le papier. Mais, ça m'a changé... et je ne regrette rien !
Je me souviens d'une chouette idée que j'avais eu. Le premier vrai risque que je prenais dans ma nouvelle peau. Ma mère m'avait acheté un numéro spécial du
journal de Mickey, il me semble. A l'intérieur, on y trouvait
3 cartes qui, lorsqu'on les frottaient se mettaient à imbiber les surfaces sur lesquelles on les avait frotté. C'était divinement infect. Un mélange d'ail, de chou, de vomi et de clou de girofle, à vue de nez.
On se tenait, en rangs, devant la classe d'histoire. Le prof était un vieux kroumir, croulant sous le poids des ans, mais dont la foi en l'enseignement n'avait jamais flanché ! Sans rire, à l'intérieur, il était droit comme la
Justice ce qui faisait une belle différence avec le spectacle de décrépitude qu'il offrait au premier venu. Il nous a donc invités à entrer, inspectant les rangs avec sévérité. Lancé comme une fusée, je me suis précipité en bon premier à l'intérieur de la salle. Mes cartes odorantes à la main, j'ai à une allure folle, frotté tous les pupitres qui me passaient à portée, j'aurai bien eu le temps de m'attarder sur le bureau du professeur pour plus de résultat, mais j'aurai pris par la même occasion le risque d'être vu par le plus grand nombre. Je me suis assis, exténué à ma place, dissimulant mon insistant sourire au fond de mon sac, feignant la recherche de mon livre d'histoire.
A pas lents, le professeur a emboité le pas des derniers retardataires. Ce n'est qu'une fois qu'il a eu atteint l'arrière de son bureau qu'il a commencé à toiser la classe comme il avait coutume de le faire, à chaque cours.
Petit à petit, les effets des cartes ont commencé à devenir «
repérables ». Une odeur infâme d'oeufs clabots se dégageait de partout. C'était terrible ! Mes camarades ont tous mis à rire, de plus en plus fort, remontant leur tee-shirt devant leurs nez. C'était un délicieux spectacle. Le professeur ne réagissait pas devant l'hilarité générale.
- « AH AH AH »
- « Je ne sais pas vous » dit-il « mais moi, je trouve qu'il fait bien froid. Et si nous fermions les fenêtres ? Qu'en dites-vous ? »
Les rires furent instantanément remplacés par des plaintes.
- « Non Monsieur, non ! On va mourir, ça pue trop ce truc, on va s'étouffer ! »
Il sourit et lacha :
- « Cela mes enfants, il fallait y penser bien avant ! »
Il dit, et fit fermer toutes les fenêtres.
Tony Servera
P.S : Oh, un vrai texte sur san-antonio03.skyrock.com ?!! T'as vu ? Allez, je me mets un +5 pour la peine ! Ah et pour ceux qui vont me traiter de petit collabo, de mouchard etc... sachez que ce texte... est une fiction... :)