J'ai peine à entrouvrir mes paupières que je devine enflées. Ma tête, lourde et brûlante, repose lourdement sur les planches vermoulues de l'embarcation. D'épaisses effluves de poissons morts s'échouent dans mes naseaux. Mon estomac se contracte. Ma tête bascule sur le côté et je dégueule tout ce que je peux. Au-dessus de moi ( ?) s'échangent des phrases que je ne comprends pas. De toutes façons je n'arrive plus à rien piper. Et puis soudain, le noir. Total ! Merci.
Le burlingue dans lequel j'échoue est vétuste. L'homme qui se tient face à moi quant à lui impressionne. Un uniforme lorsqu'il est bien porté vous arrache du respect, que vous ne le vouliez ou non. Il ne m'a pas invité à m'asseoir, lui de son côté a déposé sa croupe dans le fond d'un fauteuil. A dégainé un cigare épais comme une bite d'âne, un zippo. A fait interagir les deux éléments entre eux jusqu'à ce qu'une épaisse fumée m'entoure. Il tire encore plusieurs lattes, faisant claquer sa langue rose entre ses dents. Il joue avec le silence. Et comme je ne suis pas une petite nature, je le laisse faire mumuse à sa guise.
Je repense au mec en costard Kenzo qui m'a abordé à l'aéroport, à son air affairé. Il m'avait rapidement expliqué la situation. Son frère, vivant au Sénégal, son impossibilité de le joindre par téléphone, leur mère victime d'une attaque, l'urgence de lui remettre cette lettre pour le faire rentrer en France au plus vite. J'avais été touché par sa situasse, avait accepté de porter cette missive rapidement, bénévolement. Une poignée de main plus tard, je flirtais avec les nuages...
Et maintenant, je flirte avec les emmerdes. Et vu le regard mauvais qu'il me lance le colonel, j'ai l'impression d'avoir longtemps dépassé le stade du flirt, nous sommes dans de l'emmerde consommée maintenant.
- « Je vais vous demander, dans votre intérêt d'être le plus honnête possible avec moi. »
Lentement, j'explique. Décrit le bonhomme saboulé par Kenzo, sa pénible situation. La confiance instantanée que je lui ai accordée. Mon manque total de discernement. La lettre dont je ne connaissais pas le véritable contenu, finalement. Je lui donne tous les éléments avec honnêteté, après tout, c'est ce qu'il réclame.
Il ne doit pas être loin de midi. Le soleil m'écrase au sol, la température avoisine le haut du thermomètre je pense. J'ai rendez-vous avec N'samba Dyae, à l'arrière d'une épicerie. Je traverse donc la ville de Dibite, soulevant les mouches sur mon passage. Des charrettes, véhicules archaïques et minibus cohabitent sur la terre battue. Les gens parlent fort, rient, s'engueulent. J'inspecte les insignes à la recherche de mon épicerie. Ici on vend des pastèques à côté du poisson séché. Un vieux clébard galeux se roule dans la terre. Un bâtiment, dont le ciment est rongé jusqu'au moellon, attire mon attention. En effet, accroché à un régime de bananes suspendues se trouve un tissu rouge vif. C'est ici que les athéniens s'atteignirent.
La différence de température entre l'intérieur de l'épicerie et l'extérieur est flagrante. C'est agréable. Dans la boutique, il règne un calme olympien. Je parcours le mobilier, les produits destinés à la vente. Devant moi s'étalent des bonbonnes d'eau minérale, de la Kirène, d'ailleurs. A mes pieds, reposent une trentaine de pommes de terre à demi germées, noircies, blanchies par endroits. Une vraie partition ! Celles-ci se partagent les tapis avec quelques oignons. Les étagères au mur, aussi chargées que la langue d'un gendarme tiennent miraculeusement, portant leurs lots de tomate concentrée, de beurre de karité, d'huile etc...
Silence. Je contourne le comptoir sur lequel s'amoncellent des sacs de riz. Au sol, j'aperçois un objet digne d'intérêt. Une trappe qui ne demande qu'à être ouverte. Je.
Une échelle m'invite. Je pose mon peton droit sur le premier échelon et en entame la descente. De faibles lueurs éclairent partiellement ma pérégrination. Dans la cave, puisque ç'en est une, se trouvent 3 personnes, assises en cercle.
- « N'samba ? »
L'un d'eux relève la tête. Me sourit.
- « Approche, nous t'attendions. »
A SUIVRE
...
Le burlingue dans lequel j'échoue est vétuste. L'homme qui se tient face à moi quant à lui impressionne. Un uniforme lorsqu'il est bien porté vous arrache du respect, que vous ne le vouliez ou non. Il ne m'a pas invité à m'asseoir, lui de son côté a déposé sa croupe dans le fond d'un fauteuil. A dégainé un cigare épais comme une bite d'âne, un zippo. A fait interagir les deux éléments entre eux jusqu'à ce qu'une épaisse fumée m'entoure. Il tire encore plusieurs lattes, faisant claquer sa langue rose entre ses dents. Il joue avec le silence. Et comme je ne suis pas une petite nature, je le laisse faire mumuse à sa guise.
- « Vous avez... » entame t'il subitement. « Vous avez enfreint la loi de notre pays Monsieur Servera »
Je repense au mec en costard Kenzo qui m'a abordé à l'aéroport, à son air affairé. Il m'avait rapidement expliqué la situation. Son frère, vivant au Sénégal, son impossibilité de le joindre par téléphone, leur mère victime d'une attaque, l'urgence de lui remettre cette lettre pour le faire rentrer en France au plus vite. J'avais été touché par sa situasse, avait accepté de porter cette missive rapidement, bénévolement. Une poignée de main plus tard, je flirtais avec les nuages...
Et maintenant, je flirte avec les emmerdes. Et vu le regard mauvais qu'il me lance le colonel, j'ai l'impression d'avoir longtemps dépassé le stade du flirt, nous sommes dans de l'emmerde consommée maintenant.
- « Je vais vous demander, dans votre intérêt d'être le plus honnête possible avec moi. »
Il parle lentement, appuyant chacun de ses mots comme pour leur insuffler de l'importance.
- « Saviez-vous ce que contenait cette lettre ? »
Il plante sa paire d'yeux dans les miens, me fixe à travers le brouillard formé par la combustion de son cigare.
Lentement, j'explique. Décrit le bonhomme saboulé par Kenzo, sa pénible situation. La confiance instantanée que je lui ai accordée. Mon manque total de discernement. La lettre dont je ne connaissais pas le véritable contenu, finalement. Je lui donne tous les éléments avec honnêteté, après tout, c'est ce qu'il réclame.
Il m'écoute parler. A la fin de mon petit résumé, il croise ses deux énormes paluches sur son sous-main.
- « Monsieur Servera, je ne sais si c'est votre jeune âge qui me conforte dans cette idée... mais je pense que vous dites vrai. »
- « Monsieur Servera, je ne sais si c'est votre jeune âge qui me conforte dans cette idée... mais je pense que vous dites vrai. »
Intérieurement, mon c½ur vient de s'emballer.
- « Cependant, il va sans dire que mon intuition ne pèsera pas lourd dans la balance. Vous serez jugé et condamné. »
- « Cependant, il va sans dire que mon intuition ne pèsera pas lourd dans la balance. Vous serez jugé et condamné. »
Intérieurement, mon c½ur vient d'effectuer une chute d'une centaine de mètres.
- « Je... Je ne peux rien faire pour éviter ça ? » demande-je, d'une voix fluette que je ne contrôle plus.
Il porte le cigare à ses lèvres, aspire une grande bouffée qu'il recrache progressivement. Il fait une chaleur insoutenable dans cette cahute, ajouté à cela l'odeur de rat carbonisé, je sens ma tête tourner.
- « Si, j'aurai peut être une idée... Mais, je vous avoue que je ne vous promets vraiment rien... »
- « Je... Je ne peux rien faire pour éviter ça ? » demande-je, d'une voix fluette que je ne contrôle plus.
Il porte le cigare à ses lèvres, aspire une grande bouffée qu'il recrache progressivement. Il fait une chaleur insoutenable dans cette cahute, ajouté à cela l'odeur de rat carbonisé, je sens ma tête tourner.
- « Si, j'aurai peut être une idée... Mais, je vous avoue que je ne vous promets vraiment rien... »
Dépité, je lui réponds.
- « Au point où j'en suis ! »
Je ne savais pas dans quoi je m'embarquais... J'étais très loin de m'imaginer l'ampleur du merdier...
- « Au point où j'en suis ! »
Je ne savais pas dans quoi je m'embarquais... J'étais très loin de m'imaginer l'ampleur du merdier...
...
On m'a fait passé une multitude de tests. Les électrodes sur la hure et tout le toutim. On m'a briefé de longues heures. Ma mission était simple, en apparence. En apparence, j'insiste bien.
...
Il ne doit pas être loin de midi. Le soleil m'écrase au sol, la température avoisine le haut du thermomètre je pense. J'ai rendez-vous avec N'samba Dyae, à l'arrière d'une épicerie. Je traverse donc la ville de Dibite, soulevant les mouches sur mon passage. Des charrettes, véhicules archaïques et minibus cohabitent sur la terre battue. Les gens parlent fort, rient, s'engueulent. J'inspecte les insignes à la recherche de mon épicerie. Ici on vend des pastèques à côté du poisson séché. Un vieux clébard galeux se roule dans la terre. Un bâtiment, dont le ciment est rongé jusqu'au moellon, attire mon attention. En effet, accroché à un régime de bananes suspendues se trouve un tissu rouge vif. C'est ici que les athéniens s'atteignirent.
La différence de température entre l'intérieur de l'épicerie et l'extérieur est flagrante. C'est agréable. Dans la boutique, il règne un calme olympien. Je parcours le mobilier, les produits destinés à la vente. Devant moi s'étalent des bonbonnes d'eau minérale, de la Kirène, d'ailleurs. A mes pieds, reposent une trentaine de pommes de terre à demi germées, noircies, blanchies par endroits. Une vraie partition ! Celles-ci se partagent les tapis avec quelques oignons. Les étagères au mur, aussi chargées que la langue d'un gendarme tiennent miraculeusement, portant leurs lots de tomate concentrée, de beurre de karité, d'huile etc...
- « N'samba ? »
Silence. Je contourne le comptoir sur lequel s'amoncellent des sacs de riz. Au sol, j'aperçois un objet digne d'intérêt. Une trappe qui ne demande qu'à être ouverte. Je.
Une échelle m'invite. Je pose mon peton droit sur le premier échelon et en entame la descente. De faibles lueurs éclairent partiellement ma pérégrination. Dans la cave, puisque ç'en est une, se trouvent 3 personnes, assises en cercle.
- « N'samba ? »
L'un d'eux relève la tête. Me sourit.
- « Approche, nous t'attendions. »
A SUIVRE



