Il aura fallu que j'atteigne mes
20 printemps pour que je me découvre une particularité. Une
vraie particularité ! Je ne parle donc pas de mon sourire enjôleur, ni de mon rare talent pour l'écriture du rien et de l'inutile. Non, je ne parle toujours pas de mes qualités de comédien, ni de mon don inné pour les jeux de mots à
soixante seize centimes d'euros. Non, je ne parle pas non plus de mon indéfectible sens de la répartie, ni de mon goût prononcé pour les belles choses, non ! Je n'ai pas attendu d'avoir
20 bougies sur mon porridge pour savoir tout cela... évidemment...
Je parle d'autre chose, d'une découverte récente qui s'avère aussi handicapante que la perte de sa jambe droite pendant une course de pédalos ! Je lève donc mon masque mes amis. Lever mon masque et avouer :
Je suis atteint d'une forme d'agoraphobie commerciale.
Foutez moi au milieu d'une bande de consommateurs avertis et j'bats de l'aile. Rien de pire que l'ambiance d'un centre commercial un samedi après-midi. Les marmots qui braillent, (
les aveugles qui lisent), les roues de caddie qui couinent, les vendeurs qui récitent, les caissières qui sourient, les hauts parleurs qui résonnent, les mégères qui mégèrent, les animatrices qui harponnent, les vigiles qui surveillent, les sacs qu'on remplit, les portes monnaies qu'on vide, les cintres qui cliquètent, les balances qui pèsent, les palances qui bais..., les bouteilles qu'on cogne, les fromages qu'on renifle, les caisses qui bipent-bipent, les portiques qui sirènent, vite, toujours plus vite, les poissons qu'on emballe, les magasines qu'on feuillette, les portes qui s'ouvrent, se ferment, vite, encore plus vite, les téléphones qui sonnent, la greluche qui embrasse son micro, les dates limite de péremption qu'on surveille, la bouillabaisse qui se renverse, le con qui s'excuse, l'autre con qui glisse, l'autre conne qui s'en fout, et moi, qui, vite, très vite, finit par
perdre les pédales...