Ereintée, elle s'endormit à la relecture de la page
47 du «
Code Rousseau ». Au petit matin, lorsque son réveil s'ébranla, elle se redressa dans son lit, raide comme un phallus atteint de priapisme. Une douzaine de minutes plus tard, elle séchait ses crins face au grand miroir de la salle de bains. Mademoiselle avait le bide en vrac et d'insupportables relents alourdissaient son haleine. Le stress, probablement. Quoi d'autre, après tout ?
Lui, il était saboulé milord comme le sont en général les gens importants. Il l'aperçu, remonta ses petits lorgnons sur son nez et l'invita à s'asseoir au volant. Ce qu'elle fit. Sa musculature abdominale accomplissait d'infimes spasmes qu'elle tentait vainement de calmer en respirant de plus en plus profondément.
- « C'est quand vous voulez Mademoiselle ! »
La demoiselle en question était une fille sérieuse, les commentaires des professeurs sur ses bulletins scolaires étaient là pour l'attester.
« Brillante en tout point. Un travail remarquable a été fourni toute l'année, continuez ainsi ! »
« Cette élève possède de grandes capacités d'écoute et de concentration ! »
« Travail très soigné ! »
L'heure était arrivée de passer l'épreuve du permis de conduire. En ayant comptabilisé
36 heures de conduite et passé l'essentiel de ses soirées à potasser le «
Code Rousseau », la petite Cécile ne pouvait pas échouer. Elle prit une profonde respiration, sourit à l'examinateur et alluma les gaz. Il était précisément
9h29 du matin.
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Il fût arraché du sommeil par la sonnerie assassine de son réveil, un formidable réflexe lui permit d'enfoncer puissamment le buzzer de celui-ci. Il avait encore
7 minutes de répit devant lui,
7 longues minut...
Lorsque la sonnerie retentit à nouveau, il s'extirpa de son lit d'un bond. Il prit une douche express, enfila les sappes les plus proches et se dirigea vers le sous-sol où l'attendait son scooter. Il était précisément
09h46 quand il quitta le garage, dans une bruyante pétarade qui caractérise
2 choses. L'accélération des scooters et le début de la digestion de flageolets.
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Cécile était exemplaire. Un vrai modèle. Un prodige de la trajectoire ! Quelle souplesse dans la prise du rond-point. Sans mentir, elle menait sa kangoo bleue à l'amble. L'examinateur en avait l'½il tout humide et il se surprit lui-même à déchausser ses petits lorgnons pour en essuyer discrètement les contours...
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L'air glacial s'engouffrait dans ses manches. Faut dire qu'à
80 kilomètres à l'heure, la température n'est pas la même. Par chance, les feux saluaient sa venue en revêtant leurs vertes parures (
La poésie moderne que ça s'appelle, la poésie moderne !) et il ne devrait pas tarder à arriver sur son lieu de travail.
Il maintenait toujours la manette des gaz, avalant les kilomètres d'une ligne droite au bout de laquelle était planté un feu... Un feu qui était vert, pour l'instant. A Bordeaux, il était
09h53.
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Cécile écrasa précautionneusement la pédale de freinage pour effectuer un arrêt complet devant un feu rouge. Il était
09h52.
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Le feu situé au bout de la ligne droite vira au orange puis au rouge. La vitesse à laquelle il était lancé, la peur d'arriver en retard au travail, voici probablement les raisons majeures qui expliquent (
mais n'excusent pas !) pourquoi il grilla le feu à
9 heures et 54 minutes, soulevant sur son passage une moitié de prospectus rongé par la pluie.
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Cécile jeta un ½il rapide à l'horloge du tableau de bord. L'épreuve se terminerait bientôt car cela faisait maintenant presque
20 minutes qu'ils roulaient. Vrouuuuuuuuuuum !
Un bolide à deux roues venait de griller un feu, tout juste sous leurs yeux. L'examinateur toussota. Le feu passait au vert,
Cécile redémarra.
- « Mademoiselle, vous avez vu la même chose que moi ? »
- « Oui Monsieur, j'ai vu » répondit-elle timidement.
Il prépara mentalement sa proposition et dit :
- « Mademoiselle, si vous me donnez le montant exact de l'amende que risque ce jeune homme, vous serez détentrice du permis B avant la fin de la matinée. »Les idées se bousculèrent dans sa tête. Les vagues s'écrasèrent contre la coque du navire de sa réflexion. Les caisses s'écrasaient sur le bastingage, la houle emportait la voile. Des bouteilles volaient en éclat dans sa pensarde.
- « Combien ? Mais combien bon Dieu ? Je ne sais plus ! Si, je sais ! Non.. non je ne sais plus ! » pensait-elle
Des sueurs se mirent à parcourir son front et son dos. Elle ne savait pas !
L'examinateur rompu le silence :
- « Garez – vous ici Mademoiselle, j'ai vu ce que j'avais à voir. »
Il était 09h55.
On raconte ici et là que pour se rendre au travail, Cécile prend le bus... et cela depuis maintenant des années...