[Cet article sera actualisé à chaque fois que l'écriture avancera... ou pas]
L'Homme, cette bestiole que tu as le loisir d'admirer chaque matin dans la glace sale de ta salle de bain est indéniablement incroyable. Cet être doué de raison (
hum) n'en demeure pas moins ancré dans sa réalité organique. Délicate tâche que d'élever son esprit lorsque ton estomac chouine ou que ton intestin grêle réclame un arrêt aux stands. (
Tu noteras l'habile manière de ne pas paraître vulgaire ;)
L'organique, c'est la partie instinctive du comportement humain, cette même partie qui régit le sentiment d'oppression et de peur. De nombreux produits culturels jouent sur ces sentiments... et les gens en raffolent...
____________________________________________________________________________________________________
C'est un temps à noyer les cailloux. La nuit est là et en plus, il pleut. J'ai éloigné de moi l'idée d'une quelconque sortie pour y préférer l'optique de la soirée glandouille en bonne et due forme. Je me suis expédié un repas express et ait étendu mon mètre 75 de civisme et de respect de l'environnement en travers de mon plumard. Au programme, un bouquin. Les premières pages sont aussi mornes que les plaines de
Waterloo. L'auteur n'a pas deux sous de talent et installe son récit à la va comme j'te pousse. Il abuse de parenthèses pompeuses et de comparaisons essoufflées. Dommage.
En léger fond sonore, j'ai lancé une liste aléatoire de morceaux. Le souci avec les listes aléatoires, c'est les rencontres improbables. Passer de
Brassens à
Fabolous, avouez qu'il y a un monde. Je ne m'en formalise pas. L'éclectisme mes amis, il n'y a que ça de vrai.
J'entame la lecture de la cinquième page, bercé par les chants celtiques de
Matmatah et par la pluie cinglant la vitre lorsqu'il se produit une chose incongrue. Les hauts parleurs de mon ordinateur se mettent à parler et pire, à appeler à l'aide.
____________________________________________________________________________________________________
Immédiatement, je balance le bouquin et me dirige vers l'ordinateur afin de comprendre. Je déplace ma souris sur le bouton pause du lecteur, clique et tend l'oreille. La voix d'un petit garçon qui braille comme quoi «
Il a peur » et qu' «
Il faut venir l'aider au plus vite » me parvient plus nettement. Un sourire amusé barre ma bouche dans les deux sens. Mouais. Je furète dans les fenêtres ouvertes de mon navigateur à la recherche d'un pop up geignard. Vous savez, le genre de sites publicitaires qui se lancent sans raisons et qui ne manquent pas de vous inviter à visiter leur site coquin et à vous prémunir d'un code allopass pour des rencontres «
chaudes ». Seulement, me voilà forcé de me rendre à l'évidence, malgré la fermeture de toutes les fenêtres la voix se fait toujours entendre, tout aussi insistante. Me voilà sur le cul. C'est inexplicable, non ? Je baisse le volume des hauts parleurs, la voix du petit garçon en fait de même. Le son provient donc bien de mon ordinateur. Etonné, je repose ma paluche sur la souris afin de poursuivre mes recherches. Soudain, une fenêtre s'ouvre prenant la taille de l'écran, une fenêtre qui me glace le sang. J'ai le loisir d'y voir un petit garçon brun aux traits émaciés me supplier de l'aider, coûte que coûte.
____________________________________________________________________________________________________
Il y a des moments où tu as l'impression très nette de lâcher la rampe. L'une des craintes viscérales que j'ai, c'est de perdre la raison. La folie me paralyse. Je m'imagine démuni, victime de la fuite de ma belle lucidité. Je me vois dans un fauteuil aussi vieux et croulant que moi, un filet de bave aux lèvres, en pleine dépossession de mes moyens. Je me vois rire à l'évocation d'horreurs, pleurer devant les drôleries d'hypothétiques petits enfants.
Reprends toi mon gros, t'es à deux doigts de passer de l'autre côté de la ligne. Cramponne toi aux réalités. Ne lâche surtout pas... surtout pas ! Tu rêves ou bien ?
Non. Les brailleries du mouflet l'attestent, il y a bien quelque chose qui se passe. Oui, mais quoi ?
Je reprends mon souffle et formule cette phrase à voix haute.
- « Tu m'entends ? »
Plus benêt tu meurs me diras-tu. Sauf qu'une fois ma phrase finie, l'enfant interrompt immédiatement sa plainte pour me donner du :
- « Oui, j'entends, j'entends ! Enfin ! Je vous en supplie, aidez-moi ! Il va revenir, il va revenir ! »
- « Qui va revenir, qui ? » me vois-je demander, frénétique.
- « L'homme en noir, il a dit qu'il rev... »
J'ai le temps de voir le visage du petit se tourner précipitamment sur sa droite et se crisper, la bouche entrouverte. L'écran noircit instantanément suivi de près par tout l'éclairage de mon appartement. Les plombs viennent de sauter.
____________________________________________________________________________________________________
Ok ! Je suis dans un noir aussi complet qu'un pain du même nom, il pleut démesurément et je suis seul chez moi. Je viens de parler à un gamin qui m'appelle à l'aide via mon ordinateur par je ne sais quel procédé, décidément les choses ne s'arrangent pas. Mais... et si c'était vrai tout ça ? Et s'il y avait vraiment un gamin terrorisé quelque part qui aurait besoin d'aide. On entend tant de choses aux infos que mon aventure paraît anodine à côté. Viols, massacre collectif, suicide, pédophilie, agressions qui dégénèrent, rapt d'enfants, pourquoi après tout je ne pourrais pas croire ce qui m'arrive. Voir cela comme une chance de sauver ce drôle. Peut être sa seule chance d'ailleurs. Un détail me revient à l'esprit, un détail sur lequel j'ai attardé ma paire d'yeux une demie seconde après l'apparition de l'image à l'écran qui me décide à y croire. Juste derrière le petiot, il y avait deux interrupteurs blanc côte à côte ainsi qu'un troisième un poil plus haut. Rien de transcendant à première vue, sauf lorsqu'on possède le même dispositif à la maison. Pour faire bref, ma résidence servait, avant d'être rachetée, de centre d'aide à domicile. L'alternative à la maison de retraite quoi. Un moyen pour les personnes âgées de continuer à vivre chez eux, tout en recevant des soins réguliers et en étant sous surveillance au cas où. L'un des deux interrupteurs sert en fait à déclencher une alarme... enfin, c'est ce que m'a expliqué la propriétaire lors de l'état des lieux. Elle avait ajouté que le système avait été désactivé et que je n'avais pas à avoir peur d'appuyer dessus par mégarde.
L'évidence donc, c'est que le petit garçon se trouve dans l'un des appartements de ma résidence. Il est temps pour moi de faire quelque chose. Je tâtonne le plus vite possible jusqu'à ma porte d'entrée, franchit le pas. Au dehors la pluie torrentielle continue de s'abattre...
____________________________________________________________________________________________________
Je marche aussi vite que possible, à l'aveugle en direction des escaliers. C'est dans ces moments là que je regrette de ne pas faire parti du cercle très public des fumeurs. Le fumeur est disciple direct de
Prométhée, j'entends par là que tu as plus de chances de trouver du feu sur lui que sur moi. La preuve. Je colle ma main droite à la moquette recouvrant les murs du couloir et cherche. Un contact froid. La porte ! J'ouvre à la volée. Descendre des escaliers dans un noir total, j'avoue que je n'ai pas l'habitude. C'est aussi prudent qu'un équilibriste unijambiste à qui l'on a promis une augmentation s'il réussit ce soir la traversée du câble sans filet que je m'élance. Une marche, puis une autre... Me voilà au pied de l'escalier et, saluons la prouesse, je suis toujours en vie. Je me dirige, aussi précautionneux qu'un démineur épileptique, vers le hall. Tu remarqueras que nous autres, dans le noir, on a tendance à tendre les mains vers l'avant. Et c'est justement parce que je ne fais pas exception qu'une désagréable sensation me parcourt l'échine. Je viens de toucher quelque chose du bout des doigts. Un quelque chose de chaud, de mou qui s'apparente, si je ne m'abuse à (
je vous arrête de suite les amis, pour ce genre de lecture là, faites vous conseiller dans votre sex-shop favori) un corps humain. Un cri m'arrache les tympans. Un cri qui a la bonté de s'interrompre parce qu'éclairé par les ampoules alimentées du couloir. Ce cri appartient, je te le donne en mille, à
Madame Brochet. Cette petite vieille dame reprend son souffle, la main posée sur le c½ur.
- « Vous m'avez flanqué une de ces peurs, jeune homme » qu'elle me dit, à demi mots.
- « J'en suis désolé Madame Brochet, le courant a sauté alors je suis descendu voir si j'étais la seule... victime. »
Je pouffe de rire, histoire de.
Madame Brochet me fait un petit sourire de circonstance, me salue et se dirige vers la porte de son appartement à une vitesse tolérée par ses vieilles guiboles. Je m'éloigne avant qu'elle ne me prenne pour fou. Du hall dans lequel je viens d'atterrir me parvient la sonnette qu'elle vient de presser. Bon... me voilà devant les boîtes aux lettres... et maintenant ?
____________________________________________________________________________________________________
J'pourrais décider, sur un coup de tête de fuir et d'appeler la police même. Seulement je me dis que la technique à employer dans le cas présent, c'est la discrétion. Dans un premier temps, il faut dénicher l'appartement dans lequel se trouvent le gamin et son agresseur. Dans un deuxième temps, je pourrais appeler les flics pour qu'ils viennent procéder à l'arrestation. Seulement, je me trouve au pied du mur. Comment trouver l'appartement ? Il y a en a des centaines, sinon le double. Autant trouver une anguille dans une botte en daim, isn't ?
J'actionne les plaques chauffantes de mon cervelet dans l'espoir de mieux raisonner. Une seconde se passe, puis une seconde, lorsque je tilte. Il est tard, du moins, suffisamment tard pour que les gens soient de retour chez eux. Si je déclenche l'alarme à incendie, ça va être le bras le bas de combat. Les flammes et les enfants débordent ! Tu vois le topo ? Dans la précipitance (je sais, mais c'est fait exprès) ces ânes (Paul ?) en oublieront sans doute de fermer leurs portes. Ouvertes, je pourrais m'en servir de repères pour mes recherches. Mouais. Il suffit qu'ils aient potassé la rubrique « Conserver son logis à l'abri des flammes » de leur almanach préféré pour que je l'ai dans l'os. A moins que...
A suivre... ou pas